{"id":30675,"date":"2021-10-13T11:44:02","date_gmt":"2021-10-13T09:44:02","guid":{"rendered":"https:\/\/gmp-nantes.com\/?p=30675"},"modified":"2021-10-13T14:34:51","modified_gmt":"2021-10-13T12:34:51","slug":"le-haiku-et-le-roman-des-formes-accueillantes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gmp-nantes.com\/index.php\/2021\/10\/13\/le-haiku-et-le-roman-des-formes-accueillantes\/","title":{"rendered":"Le ha\u00efku et le roman\u00a0: des formes accueillantes"},"content":{"rendered":"\n<p>Tout le monde rep\u00e8re la bizarrerie du dernier cours de Barthes au Coll\u00e8ge de France o\u00f9, pour parler du roman, il parle du ha\u00efku. Rien&nbsp;<em>a priori<\/em> de plus \u00e9trang\u00e8res, culturellement et formellement que ces deux pratiques. Et les mod\u00e8les romanesques qui sont ceux que Barthes se donne avant de commencer,&nbsp;<em>Guerre et Paix<\/em>,&nbsp;<em>\u00c0 la recherche du temps perdu,<\/em>sont des \u0153uvres copieuses et apparemment oppos\u00e9es \u00e0 la bri\u00e8vet\u00e9 du ha\u00efku. Il faut donc comprendre d\u2019une part que l\u2019antinomie est recherch\u00e9e, voulue par Barthes (\u00ab&nbsp;deux pivots \u2013 apparemment absolument disparates et formant une articulation excentrique [\u2026] le Ha\u00efku et Proust<a name=\"ref1\" href=\"#endnote1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb&nbsp;; il y revient dans la suite du cours&nbsp;: \u00ab&nbsp;Proust et le ha\u00efku se croisent&nbsp;: la forme la plus br\u00e8ve et la forme la plus longue&nbsp;\u00bb (PR, 135), pour finalement l\u2019expliquer par l\u2019hyperperception proustienne qui lui fait faire l\u2019exp\u00e9rience du t\u00e9nu, de la division ind\u00e9finie du r\u00e9el (PR, 206). Aussi n\u2019est-ce une antinomie qu\u2019au d\u00e9part ou en apparence. Il faut comprendre d\u2019autre part que ce n\u2019est pas le roman qui est rapproch\u00e9 du ha\u00efku, mais la&nbsp;<em>pr\u00e9paration<\/em>du roman ou le fantasme du roman \u00e0 faire, o\u00f9 les noms \u00ab&nbsp;Ha\u00efku&nbsp;\u00bb (avec une majuscule) et \u00ab&nbsp;Proust&nbsp;\u00bb renvoient chacun \u00e0 leur mani\u00e8re \u00e0 des modes d\u2019individuation et \u00e0 des modes de passage de la vie \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Ils sont pour ainsi dire des \u00ab&nbsp;d\u00e9tours&nbsp;\u00bb (un d\u00e9tour qui va durer tout un semestre de cours, quand m\u00eame, pour le ha\u00efku), pour approcher quelque chose du roman<a name=\"ref2\" href=\"#endnote2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9part, donc, une fiction th\u00e9orique&nbsp;: je veux \u00e9crire un roman. C\u2019est bien comme fiction th\u00e9orique que le programme s\u2019\u00e9nonce, comme simulation, \u00ab&nbsp;comme si&nbsp;\u00bb, m\u00eame si, du point de vue de la biographie, on sait que Barthes s\u2019\u00e9tait bel et bien attel\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9criture d\u2019un roman depuis qu\u2019il a eu la r\u00e9v\u00e9lation de sa n\u00e9cessit\u00e9 le 15 avril 1978, lors de sa \u00ab&nbsp;conversion&nbsp;\u00bb litt\u00e9raire qui a eu lieu \u00e0 Casablanca. Le cours, lui, dans le but de donner cong\u00e9 \u00e0 toute forme de m\u00e9talangage, prend une forme mim\u00e9tique de son objet en pla\u00e7ant la fiction \u00e0 son commencement et en ouvrant le sc\u00e9nario d\u2019un r\u00e9cit. Ce r\u00e9cit, pourtant, n\u2019est pas le m\u00eame que celui qu\u2019il conduit dans la pr\u00e9paration de son propre roman, qui \u00e9tait celui de la piti\u00e9, de l\u2019amour maternel, et dont il donne quelques \u00e9l\u00e9ments \u00e0 la toute fin de la premi\u00e8re ann\u00e9e de cours. Revenons quelques instants sur cette d\u00e9cision du 15 avril 1978, qui est celle d\u2019\u00e9crire \u00ab&nbsp;une grande \u0153uvre d\u2019Amour pour rejoindre les grands mod\u00e8les litt\u00e9raires (<em>Guerre et paix<\/em>)&nbsp;\u00bb, pour voir l\u2019avantage qu\u2019il tire du ha\u00efku dans son cheminement \u2013 sachant que le ha\u00efku est un pivot pour le cours, mais n\u2019en est pas un dans le projet&nbsp;<em>Vita Nova<\/em>alors que Proust l\u2019est pour les deux. Si Proust est bien \u00e0 sa place, dans la fiction r\u00e9elle et dans la fiction de fiction, le ha\u00efku n\u2019appara\u00eet que dans la fiction de fiction (le cours). Il s\u2019agit donc de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la place de quoi il appara\u00eet, de quoi il est l\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;alibi&nbsp;\u00bb, pour reprendre le terme que Barthes emploie, de quoi il est l\u2019ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"le-roman\"><em>Le roman<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le roman, dit Barthes au d\u00e9but du cours, n\u2019a de sens qu\u2019\u00e0 \u00ab&nbsp;dire ceux qu\u2019on aime&nbsp;\u00bb, qu\u2019\u00e0 rendre justice \u00e0 ceux qu\u2019on a connus et aim\u00e9s, t\u00e9moigner pour eux, les immortaliser. Ou encore, comme il l\u2019\u00e9nonce dans la conf\u00e9rence du 19 octobre sur Proust&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019esp\u00e8re du Roman une sorte de transcendance de l\u2019\u00e9gotisme, dans la mesure o\u00f9 dire ceux qu\u2019on aime, c\u2019est t\u00e9moigner qu\u2019ils n\u2019ont pas v\u00e9cu (et bien souvent souffert) \u201cpour rien\u201d<a name=\"ref3\" href=\"endnote3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>.&nbsp;\u00bb&nbsp;&nbsp;La dimension du t\u00e9moignage est essentielle. Elle explique cette sorte de mystique du roman \u00e0 laquelle Barthes adh\u00e8re \u00e0 ce moment-l\u00e0 et qui surprend aussi bien son entourage que les auditeurs du cours. \u00ab&nbsp;Ce qui changea chez Barthes avec la mort de sa m\u00e8re, \u00e9crit \u00c9ric Marty, c\u2019est l\u2019\u00e9trange pression, l\u2019\u00e9trange imp\u00e9ratif qu\u2019il ressentit d\u2019\u00e9crire un roman<a name=\"ref4\" href=\"endnote4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>.&nbsp;\u00bb Les proches sont mal \u00e0 l\u2019aise, pensent qu\u2019il restera toujours au stade de la pr\u00e9paration&nbsp;: \u00ab&nbsp;On ne comprenait pas ce qu\u2019il voulait faire<a name=\"ref5\" href=\"endnote5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>.&nbsp;\u00bb Aujourd\u2019hui encore, des critiques ou d\u2019anciens amis doutent de l\u2019engagement de Barthes dans la forme romanesque. Antoine Compagnon y voit plut\u00f4t un investissement tardif dans la po\u00e9sie, mise jusque-l\u00e0 \u00e0 distance et retrouv\u00e9e par la pr\u00e9sence captive dans le ha\u00efku<a name=\"ref6\" href=\"endnote6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>. Certains pr\u00e9f\u00e8rent y voir un pur objet de sp\u00e9culation&nbsp;; d\u2019autres encore lisent son go\u00fbt pour le romanesque, manifeste dans ses \u00e9crits les plus personnels, comme la seule part acceptable arrach\u00e9e au roman. Pourtant, la lecture attentive de l\u2019ensemble des documents relatifs au projet \u00ab&nbsp;Vita Nova&nbsp;\u00bb permet, c\u2019est ce que j\u2019ai essay\u00e9 de montrer dans le dernier chapitre de ma biographie, d\u2019affirmer le contraire. Certes le roman g\u00e9ant, le roman pas comme les autres dont il r\u00eave, rel\u00e8ve du fantasme. Et s\u2019il choisit ces deux \u0153uvres,&nbsp;<em>\u00c0 la recherche du temps perdu<\/em>et&nbsp;<em>Guerre et paix<\/em>, ce n\u2019est pas pour \u00e9galer leur forme ou leur grandeur, mais parce qu\u2019ils sont les seuls romans \u00e0 avoir inscrit l\u2019incandescence de cet amour spirituel qui s\u2019exprime au moment de la mort et qui constitue la v\u00e9rit\u00e9 de son sujet. Chez Tolsto\u00ef, ce sont les derniers mots qu\u2019Andr\u00e9 Bolkonski adresse \u00e0 sa fille Marie avant de dispara\u00eetre&nbsp;: il \u00e9voque l\u2019amour absolu qu\u2019il lui porte comme le seul bien capable de lutter contre la mort. Chez Proust, c\u2019est la mort de la grand-m\u00e8re, et surtout le chagrin, la v\u00e9n\u00e9ration et la pi\u00e9t\u00e9 que sa fille (la m\u00e8re du narrateur) manifeste dans les moments qui pr\u00e9c\u00e8dent, qui retiennent l\u2019attention de Barthes&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019humilit\u00e9 de qui se sent indigne de toucher ce qu\u2019il conna\u00eet de plus pr\u00e9cieux&nbsp;\u00bb, l\u2019inclinaison de son visage sur celui de sa m\u00e8re, ses derni\u00e8res paroles (\u00ab&nbsp;Non, ma petite maman, nous ne te laisserons pas mourir comme \u00e7a, on va trouver quelque chose, prends patience une seconde<a><sup>[7]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb), tout cela reconduit Barthes \u00e0 son propre deuil tout en \u00e9tant la promesse d\u2019une transfiguration. Le rapprochement de ces deux sc\u00e8nes pr\u00e9cise avec force le projet, qui concerne pr\u00e9cis\u00e9ment la \u00ab&nbsp;piti\u00e9&nbsp;\u00bb comme r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019amour le plus plein. \u00ab&nbsp;En retrouver avec pr\u00e9cision le fr\u00e9missement \u201ctopique\u201d&nbsp;: c\u2019est&nbsp;<em>Guerre et paix<\/em>, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment la \u201cpiti\u00e9\u201d tolsto\u00efenne. Or il y a aussi une piti\u00e9 proustienne. Donc ne pas la perdre<a><sup>[8]<\/sup><\/a>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La force de \u00ab&nbsp;Vita Nova&nbsp;\u00bb tient dans ce consentement radical au pathos, au moment path\u00e9tique, qui permet de comprendre l\u2019inclusion dans le livre de tout un mat\u00e9riau divers&nbsp;: les amis, les vaines soir\u00e9es, les amours clandestines, les difficult\u00e9s \u00e0 faire, le ressassement, la \u00ab&nbsp;sensation de honte, de \u201cposture\u201d, de guignol&nbsp;\u00bb, la \u00ab&nbsp;vadrouille&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;cin\u00e9mas, rues \u00e0 gigolos, rep\u00e9rages de saunas, avec sans doute pour horizon la possibilit\u00e9 d\u2019un plaisir sexuel \u2013 mais avec aussi une assez intense activit\u00e9 d\u2019observation et de paresse&nbsp;\u00bb), les incidents, l\u2019enfant marocain manifestant l\u2019essence m\u00eame de la&nbsp;<em>charit\u00e9<\/em><a><sup>[9]<\/sup><\/a>\u2026 Le roman moderne, s\u2019il peut encore avoir une v\u00e9rit\u00e9 et une fonction, doit reprendre ce principe tragique de la compassion. Barthes reconna\u00eet la v\u00e9rit\u00e9 du pathos comme force de lecture et comme n\u00e9cessit\u00e9 absolue de la litt\u00e9rature&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il faut accepter que l\u2019\u0153uvre \u00e0 faire [\u2026] repr\u00e9sente activement,&nbsp;<em>sans le dire<\/em>, un sentiment dont j\u2019\u00e9tais s\u00fbr, mais que j\u2019ai bien du mal \u00e0 nommer, car je ne puis sortir d\u2019un cercle de mots us\u00e9s, douteux \u00e0 force d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 employ\u00e9s sans rigueur. Ce que je puis dire, ce que je ne peux faire autrement que de dire, c\u2019est que ce sentiment qui doit animer l\u2019\u0153uvre est du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019amour&nbsp;: quoi&nbsp;? La bont\u00e9&nbsp;? La g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9&nbsp;? La charit\u00e9&nbsp;? Peut-\u00eatre tout simplement parce que Rousseau lui a donn\u00e9 la dignit\u00e9 d\u2019un \u201cphilosoph\u00e8me\u201d&nbsp;: la piti\u00e9 (ou la compassion)<a><sup>[10]<\/sup><\/a>.&nbsp;\u00bb L\u2019\u00e9vidence lui en est vraiment venue des derniers mots de sa m\u00e8re. Il le note \u00e0 nouveau le 26 ao\u00fbt 1979, en rattachant l\u2019\u00e9v\u00e9nement \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation de la signification du mot&nbsp;<em>rosebud<\/em>dans le film d\u2019Orson Welles&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c0 la fin, d\u00e9couverte, surgissement du secret enfoui \u2013 comme le tra\u00eeneau d\u2019enfant de Citizen Kane&nbsp;: Mam. me disant \u201cMon R, mon R\u201d<a><sup>[11]<\/sup><\/a>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ce consentement est une forme d\u2019accueil simple, direct, non \u00e9valuatif du monde. Toutes choses \u00e9gales ou \u00e9galis\u00e9es dans la forme. D\u2019o\u00f9 le caract\u00e8re non arrogant du roman&nbsp;: \u00ab&nbsp;jamais un roman ne m\u2019intimide&nbsp;; jamais un roman ne produit sur moi une intimidation de langage.&nbsp;\u00bb (PR, 43) Si tout le probl\u00e8me est de passer de la notation \u00e0 la note, de la&nbsp;<em>nota<\/em>\u00e0 la&nbsp;<em>notula<\/em>, du discontinu au continu ou du fragment au roman, la pr\u00e9paration du roman est d\u2019abord ce qui est d\u00e9sir\u00e9, car elle d\u00e9finit les conditions de cet accueil. Cela revient r\u00e9guli\u00e8rement dans les notes pour&nbsp;<em>Vita Nova<\/em>&nbsp;: inclure les fiches, les notes prises au jour le jour, les petits \u00e9v\u00e9nements ou impressions du quotidien (en particulier toutes les notes prises depuis la mort de sa m\u00e8re et qui seront publi\u00e9es comme un tout, de fa\u00e7on posthume, sous le titre&nbsp;<em>Journal de deuil<\/em>). Le Ha\u00efku va alors devenir le nom de tout ce mat\u00e9riau, de ce qui, dans la propre vie de Barthes, prend la forme de \u00ab&nbsp;notes-journal&nbsp;\u00bb ou de fiches, de tout ce qui n\u2019a pas encore coup\u00e9 le lien, le cordon ombilical avec la vie pour devenir \u0153uvre. Ce que la pr\u00e9paration du roman doit permettre de penser, c\u2019est ce passage, en m\u00eame temps que le lien du roman avec la vie&nbsp;: le ha\u00efku est le nom donn\u00e9 \u00e0 ce qui maintient ce lien. Cela implique une forme de performativit\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u201cJe te baptise ha\u00efku\u201d.&nbsp;\u00bb (PR, 59) Ce qui veut dire non seulement qu\u2019il consent \u00e0 ce que sa perspective sur le ha\u00efku comme forme po\u00e9tique culturellement situ\u00e9e, inscrite dans une langue, soit d\u00e9form\u00e9e, mais aussi qu\u2019il ait le pouvoir solennel, sacramentel pourrait-on dire, de donner son nom \u00e0 autre chose.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le ha\u00efku<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Toute cette partie du cours pourrait d\u2019ailleurs s\u2019intituler, sur le mod\u00e8le d\u2019une expression bien connue, \u00ab&nbsp;l\u2019alliance de la carpe et du ha\u00efku&nbsp;\u00bb. Barthes cite en effet \u00e0 l\u2019appui de son \u00ab&nbsp;serment&nbsp;\u00bb, de sa parole performative, un passage des<em>Trois mousquetaires<\/em>o\u00f9 Aramis rebaptise un plat de viande servi un vendredi du nom d\u2019un poisson. Il fait remarquer qu\u2019il s\u2019agit peut-\u00eatre l\u00e0 d\u2019un faux souvenir, ou d\u2019un souvenir erron\u00e9 de lecture, mais ce \u00ab&nbsp;je te baptise carpe&nbsp;\u00bb lance la r\u00e9flexion<a><sup>[12]<\/sup><\/a>. Que le mot \u00ab&nbsp;carpe&nbsp;\u00bb intervienne ici dans le discours de Barthes place sans doute le propos sous le signe de la m\u00e9salliance. Le Ha\u00efku, le roman, comment les apparier&nbsp;? Comment d\u00e9montrer leur appariement&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Loin d\u2019\u00eatre un attrait tardif pour la po\u00e9sie, l\u2019int\u00e9r\u00eat que Barthes porte au ha\u00efku est donc d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment romanesque, quitte \u00e0 ce qu\u2019il trahisse la forme telle qu\u2019elle est pens\u00e9e dans sa culture et dans sa langue. Il la reconna\u00eet d\u2019ailleurs comme forme br\u00e8ve et non comme forme m\u00e9trique que la traduction, explique-t-il de fa\u00e7on assez cat\u00e9gorique, est incapable de restituer (PR, 65). M\u00eame si le cours contient \u00e7\u00e0 et l\u00e0 de beaux passages sur la po\u00e9sie (Baudelaire, Verlaine, Mallarm\u00e9, Val\u00e9ry et l\u2019anthologie du vers unique de Georges Sch\u00e9had\u00e9 sur laquelle je reviendrai, car elle met en sc\u00e8ne un lieu limite du po\u00e8me), une forte d\u00e9fense de la po\u00e9sie comme art de la nuance, comme site de la v\u00e9rit\u00e9 et comme \u00ab&nbsp;pratique de la subtilit\u00e9 dans un monde barbare&nbsp;\u00bb (PR, 109), ce n\u2019est pas la forme po\u00e8me qui retient Barthes avec le ha\u00efku. Non, ce qui le retient, c\u2019est sa bri\u00e8vet\u00e9, capable d\u2019enclore un monde. Comme le roman, elle est une forme hospitali\u00e8re, une forme enti\u00e8rement accueillante.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Si elle peut l\u2019\u00eatre, c\u2019est d\u2019abord parce qu\u2019elle recueille le modeste. Le propos est construit \u00e0 partir des synonymes de la simplicit\u00e9 ou de la modestie, mat\u00e9rielle et immat\u00e9rielle&nbsp;: \u00ab&nbsp;t\u00e9nuit\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;humilit\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;a\u00e9ration&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;petit bloc&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;futilit\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;imm\u00e9diatet\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;microscopie&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;discr\u00e9tion&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;contingence&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;infime quotidien&nbsp;\u00bb\u2026 Certains des termes poss\u00e8dent des connotations morales, mais il faut presque tout le temps leur donner plut\u00f4t une valeur ph\u00e9nom\u00e9nologique ou simplement descriptive. Cette capacit\u00e9 d\u2019accueil est politique car elle inclut ce qui est habituellement exclu de la litt\u00e9rature, \u00e0 la fois les gestes modestes et les gestes oubli\u00e9s&nbsp;: ainsi \u2013 et ce n\u2019est pas un hasard si \u00e0 un moment Barthes rapproche le ha\u00efku d\u2019<em>Un c\u0153ur simple&nbsp;<\/em>de Flaubert \u2013, il en fait une \u00e9criture m\u00e9nag\u00e8re (\u00ab&nbsp;le ha\u00efku, d\u2019ailleurs, qui est une \u00e9criture m\u00e9nag\u00e8re, l\u2019\u00e9criture du m\u00e9nage du quotidien&nbsp;\u00bb \u2013 PR, 57) parce qu\u2019elle parvient \u00e0 capter les bruits de la maison, de la cuisine. Tout un vocabulaire renvoie m\u00e9taphoriquement le ha\u00efku aux gestes ordinaires, en particulier lors de la s\u00e9ance du 3 f\u00e9vrier 1979 qui porte sur les&nbsp;<em>tangibilia<\/em>, les objets concrets ou les objets sensuels, pupitre, petite porte, verveine blanche, assiette, papier, charrette\u2026, pr\u00e9sence en puissance ou puissance de pr\u00e9sence de ce dont on a \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9, monde qui n\u2019est plus soudain redonn\u00e9. Le deuil se nourrit d\u2019ailleurs de ces d\u00e9tails concrets, susceptibles de rappeler \u00e0 soi un corps. Ainsi le 17 novembre 1977, Barthes note ceci&nbsp;: \u00ab&nbsp;(Crise de chagrin) (Parce que V. m\u2019\u00e9crit qu\u2019elle revoit mam. \u00e0 Rueil,&nbsp;<em>habill\u00e9e de gris<\/em>)<a><sup>[13]<\/sup><\/a>.&nbsp;\u00bb Dans des formules saisissantes, Barthes pr\u00e9sente ainsi le ha\u00efku comme un \u00ab&nbsp;art d\u2019\u00e9cr\u00e9mer la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;\u00bb (PR, 183) ou comme une mani\u00e8re de \u00ab&nbsp;rafler&nbsp;\u00bb des \u00ab&nbsp;copeaux de pr\u00e9sent&nbsp;\u00bb, comme avec un rabot (PR, 197). Art de la nuance infinie, de l\u2019individuation comprise comme moire des intensit\u00e9s et des diff\u00e9rences, comme individuation des saisons, des moments et des heures, il \u00e9tend les limites de l\u2019accueil par l\u2019\u00e9criture. Il permet \u00e0 chacun d\u2019inventer sa participation, d\u00e9jouer son sentiment d\u2019exclusion \u2013 dont Barthes ne cesse de pr\u00e9senter des situations, dans l\u2019enfance dans un trou ou il tombe, \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte en pr\u00e9sence de couples notamment<a><sup>[14]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><em><a href=\"#le-roman\" data-type=\"internal\" data-id=\"#le-roman\">L\u2019accueil<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des formes accueillantes et des formes qui ne le sont pas. Des formes excluantes, arrogantes, intimidantes. \u00c0 un moment du cours, Barthes prend m\u00eame en charge la capacit\u00e9 d\u2019accueil de la pratique sociale et culturelle du ha\u00efku au Japon. C\u2019est un des rares moments o\u00f9 il le rattache \u00e0 son lieu, pr\u00e9cis\u00e9ment pour traiter de l\u2019accueil. Avec le ha\u00efku, le lecteur d\u00e9sire devenir producteur. \u00ab&nbsp;D\u00e9sirer faire ce qu\u2019on aime, c\u2019est probablement une preuve d\u00e9cisive (d\u2019amour).&nbsp;\u00bb (PR, 77). Cet art n\u2019est pas r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9lite et il occupe une place importante dans la vie quotidienne au Japon. Cette observation lui permet de soulever par contraste un probl\u00e8me de la France actuelle&nbsp;: \u00ab&nbsp;il semble que le d\u00e9sir de production des \u0153uvres pr\u00e9-existe mais soit tout \u00e0 fait marginal. En tout cas, le nombre d\u2019amateurs qui ont envie d\u2019\u00e9crire des chansons ou des po\u00e9sies, existe incontestablement, mais est tr\u00e8s r\u00e9duit statistiquement par la masse \u00e9norme des consommateurs&nbsp;: je veux dire que (car ce n\u2019est pas une question de bonne volont\u00e9 individuelle) il n\u2019y a pas en France actuellement de formes (po\u00e9tiques pour en reste \u00e0 la po\u00e9sie) suffisamment populaire pour accueillir le d\u00e9sir de production.&nbsp;\u00bb (PR, 78) \u00c0 ce d\u00e9sir, r\u00e9pond Barthes, les Japonais offrent une structure hospitali\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Au-del\u00e0 de cette question de l\u2019accueil social \u2013 que sont venus r\u00e9parer en partie, r\u00e9cemment, la multiplication des ateliers d\u2019\u00e9criture ou l\u2019insertion de la cr\u00e9ation litt\u00e9raire dans l\u2019enseignement universitaire \u2013, il y a celle, d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e, de l\u2019accueil de l\u2019\u0153uvre. Comment se d\u00e9termine-t-il&nbsp;? Depuis&nbsp;<em>S\/Z<\/em>, mais&nbsp;<em>Mythologies<\/em>les \u00e9voque d\u00e9j\u00e0, les \u0153uvres accueillantes sont celles qui permettent l\u2019inversion des positions, la transformation du lecteur en auteur. Elles s\u2019opposent aux \u0153uvres qui excluent, en ne permettant pas \u00e0 leurs lecteurs ou spectateurs d\u2019inventer leur regard et de produire en retour. Ainsi les \u00ab&nbsp;Photos-chocs&nbsp;\u00bb pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 la galerie d\u2019Orsay et dont Barthes rend compte dans une mythologie n\u2019\u00e9veillent aucun sentiment politique&nbsp;: leur probl\u00e8me formel vient de ce qu\u2019elles excluent celles et ceux qui les regardent, qui ne ressentent rien en les voyant, qui n\u2019\u00e9veillent en eux aucun pathos. L\u2019accueil a ainsi \u00e0 voir avec deux \u00e9l\u00e9ments reli\u00e9s&nbsp;: la v\u00e9rit\u00e9 et le pathos. D\u2019o\u00f9 l\u2019importante d\u00e9finition du ha\u00efku (et de certains passages du roman proustien) comme \u00ab&nbsp;moment de v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Le moment de v\u00e9rit\u00e9 implique une solidarit\u00e9, une compacit\u00e9, une fermet\u00e9 de l\u2019affect et de l\u2019\u00e9criture, comme un bloc intraitable. Le moment de v\u00e9rit\u00e9 n\u2019est pas d\u00e9voilement, ce n\u2019est pas la minute de v\u00e9rit\u00e9, ce n\u2019est pas du tout \u00e7a, c\u2019est au contraire le surgissement de l\u2019ininterpr\u00e9table, c\u2019est-\u00e0-dire du dernier degr\u00e9 du sens, de l\u2019apr\u00e8s quoi plus rien \u00e0 dire.&nbsp;\u00bb (PR, 229). C\u2019est la conjonction d\u2019une \u00e9motion qui submerge, parfois jusqu\u2019aux larmes (le pathos) et d\u2019une \u00e9vidence de la repr\u00e9sentation (le \u00ab&nbsp;tilt&nbsp;\u00bb, le \u00ab&nbsp;c\u2019est \u00e7a&nbsp;\u00bb)&nbsp;; ce qui m\u2019arrive \u00ab&nbsp;\u00e0 moi&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ainsi, le probl\u00e8me formel de l\u2019accueil n\u2019est pas de pouvoir tout contenir. C\u2019est au contraire un arrachement, un moment bref. L\u2019hospitalit\u00e9 de la forme n\u2019a pas \u00e0 voir, comme on pourrait le croire, avec des questions de quantit\u00e9 ou de totalit\u00e9, mais avec cette puissance de surgissement et de d\u00e9flagration o\u00f9 une v\u00e9rit\u00e9 de la condition humaine est donn\u00e9e tout d\u2019un coup \u00e0 voir avec \u00e9clat&nbsp;; et que cet \u00e9clat nous point et nous \u00e9meut. C\u2019est la m\u00eame chose pour le roman (et d\u2019ailleurs le passage du cours sur le \u00ab&nbsp;moment de v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb intervient dans une s\u00e9ance sur Joyce et Proust). La taille n\u2019est pas en soi un probl\u00e8me formel. Ce qui l\u2019est en revanche, c\u2019est la capacit\u00e9 d\u2019une \u0153uvre \u00e0 faire varier les tailles, au sein du tr\u00e8s long, d\u2019inscrire des moments qui en ruinent la longueur. Proust, selon Barthes, parvient \u00e0 le faire et en certains endroits de son \u0153uvre, sa technique se rapproche de celle des \u00e9piphanies joyciennes, elles aussi compar\u00e9es au ha\u00efku. Outre le rapport de Proust aux&nbsp;<em>tangibilia<\/em>, aux entours, c\u2019est sa capacit\u00e9 \u00e0 percevoir le t\u00e9nu et l\u2019infime, le petit voire le futile qui nous fait une place. Le motif \u00e9galisateur de Saint-Andr\u00e9 des Champs, qui r\u00e9sonne tout au long de la&nbsp;<em>Recherche<\/em>, donne le programme politique de cet accueil et rejoint la mission hospitali\u00e8re que Barthe rep\u00e8re dans le ha\u00efku&nbsp;: ainsi, parfois, \u00ab&nbsp;la capture du t\u00e9nu n\u2019est pas obligatoirement li\u00e9e \u00e0 la forme br\u00e8ve&nbsp;\u00bb, parfois \u00ab&nbsp;il faut beaucoup de langage pour rendre compte d\u2019une force de division, et de divisibilit\u00e9&nbsp;\u00bb (PR, 206).<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Il y a, \u00e0 l\u2019horizon de la division, la prolif\u00e9ration de la notation. Si Barthes place le ha\u00efku dans une relation d\u2019\u00e9quivalence avec la notation, c\u2019est moins pour \u00e9galiser les formes que pour indiquer que le petit po\u00e8me japonais (en traduction) est l\u2019\u00e9quivalent forme d\u2019un informe<a><sup>[15]<\/sup><\/a>. La notation et le ha\u00efku sont porteurs du m\u00eame rapport entre litt\u00e9rature et vie, non coup\u00e9es, non s\u00e9par\u00e9es. Dans l\u2019expression d\u2019un pur particulier, qu\u2019on ne peut pas reconduire \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9, qu\u2019on ne peut pas r\u00e9duire, donc, le ha\u00efku invite \u00e0 donner une forme \u00e0 la vie. Il se pr\u00e9sente ainsi doublement comme une chance&nbsp;: pour la litt\u00e9rature, qui cesse d\u2019\u00eatre cette forme bourgeoise ayant perdu le contact imm\u00e9diat avec le r\u00e9el&nbsp;; et pour la notation, qui devient une puissance. Au moment de la pr\u00e9paration du cours sur le roman, Barthes est dans une activit\u00e9 intense de notateur. Pendant cette p\u00e9riode, il \u00e9loigne d\u2019autres pratiques d\u2019\u00e9criture pour se centrer presque exclusivement sur la notation et ses archives contiennent autant de fiches pour les ann\u00e9es 1977-1980 que pour le reste de l\u2019existence. Parall\u00e8lement, il s\u2019interroge sur le devenir-\u0153uvre de toutes ces notes. Le ha\u00efku semble leur offrir un horizon formel qui soit aussi un horizon \u00e9thique en accueillant le r\u00e9el et la vie, d\u2019une part, et en faisant poindre le path\u00e9tique de l\u2019existence, d\u2019autre part&nbsp;: point de liaison de l\u2019amour et de la mort, point o\u00f9 chaque moment de pl\u00e9nitude exprime en m\u00eame temps son caract\u00e8re \u00e9ph\u00e9m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le pathos, la piti\u00e9, par leur puissance d\u2019\u00e9branlement, contribuent \u00e0 la ruine, et donc \u00e0 la vie de l\u2019\u0153uvre. Ce que Barthes appelle une critique path\u00e9tique, qui est celle qui met au jour l\u2019accueil de l\u2019\u0153uvre, est donc celle qui accepte \u00ab&nbsp;de d\u00e9pr\u00e9cier l\u2019\u0153uvre, de ne pas en respecter le Tout, d\u2019abolir des parts de cette \u0153uvre, de la&nbsp;<em>ruiner<\/em>\u2013 pour la faire vivre.&nbsp;\u00bb (PR, 232) Ainsi on peut d\u00e9couper un livre entier en lexies, saisir le ha\u00efku hors de sa langue et de son contexte, ne se rappeler que quelques sc\u00e8nes d\u2019un roman, quelques citations ou quelques d\u00e9tails, rep\u00e9rer tous les moments o\u00f9 la litt\u00e9rature lutte contre le sens, transmettre non la communication d\u2019une signification mais l\u2019\u00e9motion \u00e9prouv\u00e9e au contact avec le r\u00e9el. Barthes a trouv\u00e9 une confirmation de cette id\u00e9e dans la pr\u00e9face de Val\u00e9ry au recueil de ha\u00efku de Kikou Yamata,&nbsp;<em>Sur des l\u00e8vres japonaises&nbsp;<\/em>o\u00f9, s\u2019adressant \u00e0 \u00ab&nbsp;Mademoiselle Chrysant\u00e8me&nbsp;\u00bb, il \u00e9voque la ruine ou le d\u00e9labrement dans la m\u00e9moire des longs po\u00e8mes&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les civilisations qui se raffinent, \u00e9crit-il en 1924, en arrivent \u00e0 des formes po\u00e9tiques tr\u00e8s br\u00e8ves. Elles ont appris que les longs po\u00e8mes se brisent et se r\u00e9solvent spontan\u00e9ment en leurs fragments les plus pr\u00e9cieux<a><sup>[16]<\/sup><\/a>.&nbsp;\u00bb Recueil de ces ruines, l\u2019album est ainsi l\u2019avenir du livre. Cette fragmentation offre toute libert\u00e9 au lecteur et Barthes en use joyeusement dans le cours. L\u2019anthologie du vers unique de Georges Sch\u00e9had\u00e9, compos\u00e9 des vers uniques que le po\u00e8te se rappelle&nbsp;<em>par c\u0153ur<\/em>, est un exemple de cette lecture-\u00e9criture, libre et irr\u00e9v\u00e9rente. Les vers priv\u00e9s de leur contexte en re\u00e7oivent une nouvelle \u00e9tranget\u00e9. De ces monostiches, Barthes fait \u00e0 son tour librement des ha\u00efkus r\u00e9trospectifs, adoptant la forme du tercet qui n\u2019est pas sp\u00e9cialement japonaise<a><sup>[17]<\/sup><\/a>. D\u2019un vers de Milosz tir\u00e9 du po\u00e8me \u00ab Les terrains vagues&nbsp;\u00bb, rem\u00e9mor\u00e9 par Sch\u00e9had\u00e9, \u00ab&nbsp;Toi, triste, triste bruit de la pluie sur la pluie&nbsp;\u00bb et ainsi \u00ab&nbsp;ha\u00efkis\u00e9&nbsp;\u00bb en trois vers&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Toi triste<\/p>\n\n\n\n<p>Triste bruit de la pluie<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la pluie (PR, 70)<a><sup>[18]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Il d\u00e9cerne des brevets de \u00ab&nbsp;ha\u00efkit\u00e9&nbsp;\u00bb \u00e0 certains \u00e9crivains ou po\u00e8tes, en particulier \u00e0 Val\u00e9ry (beaucoup cit\u00e9 tout au long du cours) auquel il reconna\u00eet d\u2019avoir produit le seul v\u00e9ritable ha\u00efku fran\u00e7ais, dans \u00ab&nbsp;Le cimeti\u00e8re marin&nbsp;\u00bb&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019insecte net<\/p>\n\n\n\n<p>Gratte<\/p>\n\n\n\n<p>La s\u00e9cheresse (PR, p. 134)<\/p>\n\n\n\n<p>Ces op\u00e9rations ont pour but de sortir le po\u00e8me de la po\u00e9sie. Barthes, citant \u00ab&nbsp;Le cimeti\u00e8re marin&nbsp;\u00bb observe que le texte est produit par un auteur \u00ab&nbsp;qui a une r\u00e9putation d\u2019\u00eatre tr\u00e8s peu po\u00e9tique, qui ne fait pas partie de l\u2019horizon actuel de la po\u00e9sie&nbsp;\u00bb. De m\u00eame, r\u00e9duire comme le fait Georges Sch\u00e9had\u00e9, les po\u00e8mes canoniques \u00e0 un seul vers, sans contexte, sans entour et sans auteur, est une fa\u00e7on de les d\u00e9poss\u00e9der de leur forme et m\u00eame d\u2019en finir avec le po\u00e8me si l\u2019on convient avec Agamben que celui-ci se d\u00e9finit par l\u2019enjambement<a><sup>[19]<\/sup><\/a>. D\u00e8s lors, le vers unique, comme le dernier vers du po\u00e8me, abolit en quelque sorte le po\u00e8me ou en signale la fin. L\u2019op\u00e9ration n\u2019a pas forc\u00e9ment pour but de reconduire la po\u00e9sie au roman, mais d\u2019\u00e9manciper l\u2019ensemble des formes de la litt\u00e9rature.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;L\u2019affranchissement est la raison des formes accueillantes que sont le ha\u00efku et le roman. Avec elles, on s\u2019\u00e9mancipe des lois logiques, de la grammaire, de la m\u00e9moire (en consentant \u00e0 l\u2019incomplet), de l\u2019\u00e9motion comme cat\u00e9gorie psychologique (\u00e0 laquelle Barthes oppose l\u2019\u00e9moi ou l\u2019\u00e9mu, tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s du sentiment romantique<a><sup>[20]<\/sup><\/a>). Leur hospitalit\u00e9 proc\u00e8de d\u2019une teneur de v\u00e9rit\u00e9 qui n\u2019a pas atteint la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9. Le ha\u00efku, la notation, les \u00ab&nbsp;moments de v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb dans le roman, les \u00e9piphanies sont ces zones libres o\u00f9 l\u2019\u00e9criture n\u2019est pas encore devenue litt\u00e9rature.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<div id=\"note-bas-page\" class=\"wp-block-group is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\"><div class=\"wp-block-group__inner-container\">\n<p><a name=\"endnote1\" href=\"#ref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>Roland Barthes,&nbsp;<em>La Pr\u00e9paration du roman. Cours au Coll\u00e8ge de France 1978-79 et 1979-80<\/em>, \u00c9ric Marty (dir.), Seuil, 2015, p. 51. D\u00e9sormais PR suivi du num\u00e9ro de page.<\/p>\n\n\n\n<p><a name=\"endnote2\" href=\"#ref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>Depuis&nbsp;<em>L\u2019Empire des signes<\/em>, l\u2019int\u00e9r\u00eat de Barthes pour le ha\u00efku a \u00e9t\u00e9 relanc\u00e9 par la publication simultan\u00e9e, en 1978, l\u2019ann\u00e9e du commencement du cours, de deux anthologies de ha\u00efku, l\u2019une par Roger Munier (qui passe par le relais de l\u2019anglais), chez Fayard, et l\u2019autre de Maurice Coyaud. Roger Munier,&nbsp;<em>Ha\u00efku<\/em>. Textes choisis, traduits de la version anglaise et pr\u00e9sent\u00e9s par Roger Munier, pr\u00e9face d\u2019Yves Bonnefoy, Paris, Fayard, 1978. Maurice Coyaud,&nbsp;<em>Fourmis sans ombre, le livre du ha\u00efku<\/em>, Paris, Ph\u00e9bus, 1978. Lors de la s\u00e9ance du 6 janvier 1979, il mentionne entre autres r\u00e9f\u00e9rences bibliographiques l\u2019anthologie de Blyth (Horace Reginald Blyth,&nbsp;<em>A History of Ha\u00efku<\/em>, Tokyo, Hokuseido Press, 1963, 4 vol., ainsi que Le livre de Kikou Yamata,&nbsp;<em>Sur des l\u00e8vres japonaises<\/em>, lettre-pr\u00e9face de Paul Val\u00e9ry, Paris, Le Divan, 1924, ouvrage qu\u2019il dit avoir depuis longtemps dans sa biblioth\u00e8que et qui lui venait de sa grand-m\u00e8re No\u00e9mie R\u00e9velin.&nbsp;Voir l\u2019article d\u2019Emmanuel Lozerand, \u00ab&nbsp;D\u2019o\u00f9 viennent les ha\u00efkus de&nbsp;<em>L\u2019Empire des signes<\/em>&nbsp;?&nbsp;\u00bb dans la pr\u00e9sente livraison de la revue&nbsp;<em>Roland Barthes<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><a name=\"endnote3\" href=\"#ref3\">&gt;<sup>[3]<\/sup><\/a>\u00ab&nbsp;Longtemps je me suis couch\u00e9 de bonne heure&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, \u00c9ric Marty (\u00e9d.), t. V, Seuil, 2002, p. 469. (D\u00e9sormais OC).<\/p>\n\n\n\n<p><a name=\"endnote4\" href=\"#ref4\">&gt;<sup>[4]<\/sup><\/a>\u00c9ric Marty, Barthes,&nbsp;<em>Le M\u00e9tier d\u2019\u00e9crire<\/em>, Paris, Seuil, \u00ab&nbsp;Fiction &amp; Cie&nbsp;\u00bb, 2006, p. 65.<\/p>\n\n\n\n<p><a name=\"endnote5\" href=\"#ref5\">&gt;<sup>[5]<\/sup><\/a><em>Ibid.<\/em>, p. 66.<\/p>\n\n\n\n<p><a name=\"endnote6\" href=\"#ref6\">&gt;<sup>[6]<\/sup><\/a>Antoine Compagnon,&nbsp;<em>Les Antimodernes, de Joseph de Maistre \u00e0 Roland Barthes<\/em>, Paris, Gallimard, 2005, p. 436-440.<\/p>\n\n\n\n<p><a><sup>[7]<\/sup><\/a>Marcel Proust,&nbsp;<em>\u00c0 la recherche du temps perdu<\/em>, t. II&nbsp;:&nbsp;<em>Le C\u00f4t\u00e9 de Guermantes<\/em>, Paris, Gallimard, \u00ab&nbsp;Pl\u00e9iade&nbsp;\u00bb, 1988, p. 619.<\/p>\n\n\n\n<p><a><sup>[8]<\/sup><\/a>BnF, NAF 28630, \u00ab&nbsp;Grand fichier&nbsp;\u00bb, 14 juillet 1978.<\/p>\n\n\n\n<p><a><sup>[9]<\/sup><\/a><em>Incidents<\/em>, OC V, p. 971.<\/p>\n\n\n\n<p><a><sup>[10]<\/sup><\/a>\u00ab&nbsp;Longtemps je me suis couch\u00e9 de bonne heure&nbsp;\u00bb, OC V, p. 468.<\/p>\n\n\n\n<p><a><sup>[11]<\/sup><\/a>BnF, NAF 28630, \u00ab&nbsp;Grand fichier&nbsp;\u00bb, 26 ao\u00fbt 1978. Fiche non reprise dans&nbsp;<em>Journal de deuil<\/em>. Mais on trouve dans le volume, \u00e9crit dans le temps de la pr\u00e9paration du cours et de sa pr\u00e9sentation, des notations comparables&nbsp;:&nbsp;<em>Journal de deuil<\/em>, Seuil, \u00ab&nbsp;Fiction &amp; Cie&nbsp;\u00bb, 2009, p. 50, 131, 251. Et en particulier celle-ci o\u00f9 il rapproche son pr\u00e9nom et le roman&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019\u00e9cris mon cours et en viens \u00e0 \u00e9crire&nbsp;<em>Mon Roman<\/em>. Je pense alors avec d\u00e9chirement \u00e0 l\u2019un des derniers mots de mam.&nbsp;: Mon Roland&nbsp;! Mon Roland&nbsp;!&nbsp;\u00bb, 15 d\u00e9cembre 1978, p. 227.<\/p>\n\n\n\n<p><a><sup>[12]<\/sup><\/a>C\u2019est en effet un faux souvenir du chapitre XXVI du livre de Dumas (\u00ab&nbsp;La th\u00e8se d\u2019Aramis&nbsp;\u00bb), dans lequel Aramis commence par proposer \u00e0 d\u2019Artagnan des t\u00e9tragones et des fruits. On lit alors ce dialogue qui peut sans doute expliquer la confusion m\u00e9morielle de Barthes&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u2013 Qu\u2019entendez-vous par t\u00e9tragones demanda d\u2019Artagnan avec inqui\u00e9tude. \u2013 J\u2019entends des \u00e9pinards, reprit Aramis&nbsp;; mais pour vous j\u2019ajouterai des \u0153ufs, et c\u2019est une grave infraction \u00e0 la r\u00e8gle, car les \u0153ufs sont viande, puisqu\u2019ils engendrent le poulet.&nbsp;\u00bb \u00c0 la fin du chapitre, lorsque son serviteur entre avec ces deux mets, Aramis r\u00e9clame cette fois \u00ab&nbsp;un li\u00e8vre piqu\u00e9, un chapon gras, un gigot \u00e0 l\u2019ail et quatre bouteilles de vieux bourgogne&nbsp;\u00bb. Alexandre Dumas,&nbsp;<em>Les Trois mousquetaires<\/em>, Paris, J.-B. Fellens et L.-P. Dufour \u00e9diteurs, 1849, p. 219 et 223.<\/p>\n\n\n\n<p><a><sup>[13]<\/sup><\/a><em>Journal de deuil<\/em>,&nbsp;<em>op. cit<\/em>., 17 novembre [1977], p. 64.<\/p>\n\n\n\n<p><a><sup>[14]<\/sup><\/a>Voir par exemple&nbsp;<em>Roland Barthes par Roland Barthes<\/em>, OC IV, p. 697, p. 662&nbsp;; et&nbsp;<em>Journal de deuil<\/em>,&nbsp;<em>op. cit<\/em>., p. 93. Francesca Mambelli a travaill\u00e9 sur cet dialectique exclusion\/ accueil dans \u00ab&nbsp;Lutter contre l\u2019exclusion avec la litt\u00e9rature&nbsp;\u00bb, Colloque \u00ab&nbsp;Barthes et la critique litt\u00e9raire au pr\u00e9sent&nbsp;\u00bb, Philippe Daros et Vincent Message (dir.), Paris 3 et Paris 8, Maison de la Po\u00e9sie, novembre 2015.<\/p>\n\n\n\n<p><a><sup>[15]<\/sup><\/a>Il serait int\u00e9ressant de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la part de la traduction dans cette identification paradoxale de la forme et de l\u2019informe.<\/p>\n\n\n\n<p><a><sup>[16]<\/sup><\/a>Paul Val\u00e9ry, \u00ab&nbsp;lettre-pr\u00e9face&nbsp;\u00bb \u00e0 Kikou Yamata,&nbsp;<em>Sur des l\u00e8vres japonaises<\/em>, Paris, Le Divan, 1924, p. 6. Il reprend une id\u00e9e d\u00e9velopp\u00e9e dans une lettre de 1909 \u00e0 Jeannie Val\u00e9ry&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est \u00e9trange comme la suite des temps transforme toute \u0153uvre \u2013 donc tout homme \u2013 en fragments. Rien d\u2019entier ne survit \u2013 exactement comme dans le souvenir qui toujours n\u2019est que d\u00e9bris et ne se pr\u00e9cise que par des faux.&nbsp;\u00bb Paul Val\u00e9ry, lettre \u00e0 Jeannie Val\u00e9ry, juillet 1909,&nbsp;<em>\u0152uvres<\/em>, Gallimard, \u00ab&nbsp;Pl\u00e9iade&nbsp;\u00bb, t. I, 1957, p. 33-34. Cit\u00e9 par Roland Barthes dans&nbsp;<em>La Pr\u00e9paration du roman<\/em>, p. 352.<\/p>\n\n\n\n<p><a><sup>[17]<\/sup><\/a>Inversement, dans certaines langues, les ha\u00efkus sont traduits sous la forme de monostiches, comme l\u2019indique Muriel D\u00e9trie dans le m\u00eame volume, en \u00e9voquant les traductions de Lafcadio Hearn notamment.<\/p>\n\n\n\n<p><a><sup>[18]<\/sup><\/a>Georges Sch\u00e9had\u00e9,&nbsp;<em>Anthologie du vers unique<\/em>, Paris, Ramsay, 1977, p. 48.<\/p>\n\n\n\n<p><a><sup>[19]<\/sup><\/a>Voir \u00e0 ce sujet Giorgio Agamben,&nbsp;<em>La Fin du po\u00e8me<\/em>, traduit de l\u2019italien par Carole Walter, Circ\u00e9, 2002.<\/p>\n\n\n\n<p><a><sup>[20]<\/sup><\/a>Il cite encore Val\u00e9ry ici&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les po\u00e8tes de l\u2019Extr\u00eame-Orient [il pensait pr\u00e9cis\u00e9ment au ha\u00efku] semblent pass\u00e9s ma\u00eetres dans l\u2019art de r\u00e9duire \u00e0 son essence le plaisir infini d\u2019\u00eatre \u00e9mu.&nbsp;\u00bb Kikou Yamata,&nbsp;<em>Sur des l\u00e8vres japonaises<\/em>, op.cit, p. 7, cit\u00e9 par Barthes (PR, 139)<\/p>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tout le monde rep\u00e8re la bizarrerie du dernier cours de Barthes au Coll\u00e8ge de France o\u00f9, pour parler du roman, il parle du ha\u00efku. Rien&nbsp;a priori de plus \u00e9trang\u00e8res, culturellement et formellement que ces deux pratiques. Et les mod\u00e8les romanesques qui sont ceux que Barthes se donne avant de commencer,&nbsp;Guerre et Paix,&nbsp;\u00c0 la recherche du [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"off","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gmp-nantes.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/30675"}],"collection":[{"href":"https:\/\/gmp-nantes.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gmp-nantes.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gmp-nantes.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gmp-nantes.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=30675"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/gmp-nantes.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/30675\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":30701,"href":"https:\/\/gmp-nantes.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/30675\/revisions\/30701"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gmp-nantes.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=30675"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gmp-nantes.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=30675"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gmp-nantes.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=30675"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}